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03 Août 2016

"Police", de Hugo Boris : huis clos bouleversant

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"Police", de Hugo Boris : huis clos bouleversant
POLICE
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Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme. Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission...
Paru le : 
24 Août 2016

Trois policiers – deux hommes et une femme – sont chargés d’escorter un homme à la frontière. Mais ils comprennent que de retour dans son pays, cet immigré clandestin est condamné à mourir. Ils sont alors soumis à un éprouvant cas de conscience, eux-mêmes que la vie a déjà trop éprouvés. Pour la rentrée littéraire 2016, Hugo Boris livre avec son cinquième roman, Police (Grasset), un huis clos haletant et touchant, qui nous ouvre les yeux sur le dur quotidien des gardiens de la paix. A retrouver en librairie dès le 24 août.

Hugo Boris en un clin d’œil

 

Hugo Boris est l’auteur de quatre romans très remarqués par la critique, publiés aux éditions Belfond : Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007), Je n’ai pas dansé depuis longtemps (2010) et Trois grands fauves (2013). Pour la rentrée littéraire 2016, c’est aux éditions Grasset qu’il publie son nouvel ouvrage : Police.

 

Pourquoi on aime Police ?

 

Virginie, Aristide et Erik, sont gardiens de la paix. Ce soir-là, ils sont chargés d’escorter un homme à la frontière. Police est le récit, en huis clos, de leur trajet en voiture, de leur commissariat du 12ème arrondissement de Paris jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle.

 

Mais Police raconte bien plus encore. Car très vite, les trois policiers comprennent que l’homme qu’ils escortent est condamné à mort dans son pays, et leur conscience va être soumise à un terrible dilemme. Au fil de la route, leurs certitudes explosent. Que faire ? Désobéir, libérer cet homme, et s’exposer à de fortes représailles ? Ou bien faire fi de ce qu’ils ont découvert et obéir, coûte que coûte, en risquant de vivre sa vie avec la mort d’un homme sur la conscience ? Dans un rythme soutenu et haletant, Hugo Boris nous transporte tour à tour dans les méandres des pensées et des souvenirs de chacun de ses personnages. Ces trois flics, qu’a priori on n’aurait même pas remarqués, mais qui sont, à y regarder de plus près, terriblement touchants.

 

Car chacun d’entre eux est à un moment douloureux de sa vie. Virginie doit se faire avorter le lendemain, d’un enfant qu’elle a eu avec Aristide justement, son collègue, qui sous ses airs de brute grande-gueule est lui-même profondément affecté par leur histoire, et par cet avortement. Erik enfin, le plus âgé et le plus expérimenté des trois, est un homme que son expérience dans la police a métamorphosé, endurci, rendu insensible, un homme qui obéit à la consigne, un point c’est tout. Ou du moins c’est ce qu’il croyait, car lors de ce trajet en voiture, tout ce dont il était persuadé bascule. Ses rêves, ses terreurs et ses incertitudes renaissent.

 

Police est bien sûr un prétexte pour nous immerger dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes chargé(e)s du maintien de l’ordre républicain, et pour nous inviter à changer notre regard sur le monde de la police. Ce que Hugo Boris réussit avec brio.

 

Tant par sa langue que par les situations qu’il décrit, Police est un roman incroyablement réaliste, et à sa lecture on se retrouve nous aussi enfermés avec les personnages, dans le huis clos pesant de leur véhicule. A la fois dur et touchant, le livre décrit avec une justesse inouïe la richesse des sentiments qui animent les trois policiers. Il se lit d’une traite et nous laisse enfin béats et bouleversés. Un livre à lire, à faire lire, et à relire encore.

 

La page à corner

 

"Il dit cela, lui, le préadulte de trente-quatre ans qui débauche avec un bombardier de cuir sur les épaules et des airs de mauvais garçon, qui travaille ses cheveux au gel et ne sort pas de service sans avoir reconstitué sa minicrête de coquelet, paré pour la fête foraine et un tour d’autotamponneuse – la machine à gagner des jouets va bientôt trouver son maître. Il dit cela, Aristide, l’ambianceur de brigade qui laisse partout derrière lui une traînée de joie, lance des bonsoirs tonitruants en milieu de journée, envahit les conversations sans préavis, les sature d’expressions réflexes – c’est de la bombe, bonne fin d’appétit, pas de souci –, Aristide qui prévient quand il a une demi-molle ou une trois-quarts dure, pourrait parler des heures du caca fantôme ou de celui qui fait pousser une veine sur le front, qui ne va pas uriner mais faire pleurer le colosse, qui mime la double fellation à la perfection, soutient avoir gagné le titre du plus gros mangeur de chantilly sur seins nus au Pénélope l’été 1999, celui dont il faut diviser par cinq les moindres propos, qui prétend reconnaître à l’œil nu, au faciès, les femmes qui ont une petite chatte taillée en ticket de métro, Aristide et ses grosses blagues de quatre cents grammes, capable de toucher l’entrejambe d’un collègue en déclarant « Chat-bite, interdiction de toucher son père », Aristide et sa petite médiocrité qui encourage, Aristide qui ne sait pas aller se coucher, Aristide qui pulvérise du zombie à longueur de nuit, Aristide charmeur et vulgaire, bruyant et primitif, excrémentiel et solaire, aimant la fatigue et ses excès, le mouvement pour le mouvement, le bruit pour le bruit, bref, Aristide de belle humeur. Et Aristide qu’on voudrait toujours avoir dans son équipage aussi, collègue de choix, cessant de faire l’histrion dès le premier pied posé à terre, aussi prudent en intervention qu’il est déconnant au volant, Aristide troisième dan de judo, apaisant les esprits de sa simple présence physique, dédramatisant les conflits avec une intelligence immédiate de la situation, à l’aise dans les interventions les plus banales comme les plus tendues, ne s’impatientant pas devant l’impertinence, trouvant les mots qui n’enveniment pas, se contentant de dire à des types complètement faits qu’ils ont l’air très fatigués, aux délinquants sans envergure qu’ils filent un mauvais coton – il faut le voir s’arrêter au feu rouge à hauteur d’une voiture tunée pleine de petites frappes, lancer d’un air goguenard, vitre baissée, coude dehors : « Vous êtes en train de polissonner, bande de polissons ! » –, Aristide sachant couper court à la discussion quand il n’est pas question d’y passer l’après-midi, ne doutant pas de sa force, brutal sur commande quand il faut rappeler qu’il est le roi des animaux, dosant la brusquerie de ses clefs de bras ou de ses palpations de sécurité selon l’humeur du moment, écartant les pieds d’une balayette peu amène, faisant baisser les yeux de celui qui n’est plus qu’un individu virulent, bras tiré entre les jambes à lui déboîter l’épaule, persillant sa palpation des provocations d’usage, C’est moi la police ou c’est toi ?, Tu vas fermer ta gueule, dis ?, Quand je te dis de circuler, tu circules !, Espèce de petit con, on t’entend plus, là ?, et s’excusant aussitôt d’avoir omis le vouvoiement de rigueur, reprenant : C’est moi la police ou c’est vous ? Espèce de petit con, on ne vous entend plus, là ? Tout a tellement plus de classe quand il s’en mêle. C’est qu’il arrive encore à faire la roue à trente-quatre ans et à poser les mains au sol les jambes tendues. Le tout avec des yeux vert-anis, des dents blanches et le crâne dur, une petite gueule de minet, un air de liberté, un sourire à éclairer la pièce, la rue, tout l’arrondissement. Il pourrait aussi bien jouer le rôle d’un gros bras de la pègre que figurer dans une fresque homo-érotique de Michel-Ange. Au lieu de ça, il vous avale un paquet de Pim’s en trois bouchées et vous demande, en ouvrant la bouche, si vous avez déjà vu un chat écrasé dans un tunnel."

 

Pour aller plus loin

 

Voir notre interview vidéo de l’auteur

 

 

Claire Sarfati

 

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