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26 Février 2016

Philippe Claudel : au pays de l’arbre-livre

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L'arbre du pays Toraja
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« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je...
Paru le : 
04 Janvier 2016

Philippe Claudel revient au roman dans L’Arbre du Pays Toraja (Stock) avec comme postulat de départ une coutume indonésienne et la mort d’un être cher. Un livre intimiste et vibrant tout en nuances aux confins de la mystique et de la philosophie. 

Philippe Claudel en un clin d’œil : 

Né en 1962, écrivain, cinéaste et dramaturge, Philippe Claudel a notamment publié Les Ames grises, La Petite fille de Monsieur Linh ou encore Le Rapport de Brodeck. Au cinéma on lui doit notamment Il y a longtemps que je t’aime ou tout récemment, Une enfance.

 

Pourquoi on aime L’Arbre du Pays Toraja : 

 

Philippe Claudel ne nous avait pas habitué à récit aussi intime et introspectif que ce nouveau roman-événement. L’Arbre du Pays Toraja qui lui donne son titre c’est celui de l’île indonésienne de Sulawesi au creux duquel on dépose les corps d’enfants disparus trop tôt et qui protège ces jeunes morts en les portant jusqu’aux nues dans sa croissance. Un saisisant souvenir de voyage qui se double d’une parabole. Car ce très beau texte mené à la première personne et plein de récits aussi vagabonds que la pensée, tourne autour d’une question qui hante notre narrateur : que fait-on de nos morts ?

 

De retour de ces contrées lointaines, il se voit confronté à la maladie puis à la disparition précoce de son meilleur ami et producteur, Eugène - derrière lequel on reconnaît l’éditeur Jean-marc Roberts, décédé en 2013. Des fils ténus, d’une justesse et d’une mélancolie infinies, se tissent alors entre cette situation, la naissance d’un nouvel amour et la construction d’un nouveau film. Saisi par la nouvelle du cancer d’Eugène, le narrateur cherche une fenêtre vers l’extérieur. Ce sera celle de sa voisine d’en face dont il devine les gestes et les formes par-delà la cour qui sépare leurs immeubles. Elena finira par se dévoiler par un hasard des plus romanesques en blouse blanche et haleine d’orange dans son étroit bureau de médecin où les corps sont forcés au rapprochement et où notre homme vient trouver des réponses à ses questions sur la vie, la mort, la maladie et l’usure des corps. Sujets qui occupent aussi ses pensées de réalisateur affairé à la préparation d’un nouveau film intitulé La Fabrique intérieure. Une fiction d’anticipation dont il souhaite à tout prix que Michel Piccoli interprète le premier rôle, celui d’Echo 23987, un robot quasi-immortel chargé par son propriétaire de conserver toute la mémoire du monde. Un très joli prétexte à provoquer une rencontre digne d’un conte pour enfants entre le réalisateur et le comédien dans un Mac Donald’s autour d’un cheeseburger refroidi.

 

La plume de Philippe Claudel marque ici un juste équilibre entre la facétie et la grande envolée. Et à l’image prégnante de la mort qui encercle le narrateur se substitue inévitablement celle de la gestation : en fait de tombeau de l’ami disparu, le roman devient plutôt le recueil qui fait vivre les âmes.  

 

La page à corner :

La "vraie" rencontre entre le narrateur et Elena.

 

"« Vous m’excuserez de vous recevoir dans un lieu aussi exigu. Cela vous donnera malheureusement une idée de la façon dont notre pays considère aujourd’hui la recherche et les chercheurs. »

Elle m’indiqua une chaise sur laquelle je pris place avec difficulté tant il est vrai que la pièce était de la dimension d’un placard à balais. Les murs disparaissaient entièrement sous des rayonnages emplis de dossiers et de livres, et aucune fenêtre ne venait aérer cet entassement. J’eus le sentiment d’avoir été soudain placé entre les pages d’un gros volume, comme si on avait voulu m’emprisonner dans une cellule de papier, de phrases, de mots et d’encre. Je peinais à trouver une position, jambes croisées, jambes décroisées, qui me permît de ne pas gêner mon hôtesse. Nous étions de part et d’autre de sa table de travail, mince comme un pupitre d’écolier, et nos visages étaient si proches que je pus distinguer dans ses yeux, d’un brun profond, des paillettes rousses qui se dispersaient comme les poussières de reflets colorés qui nous charment quand nous perdons notre regard d’enfant dans les infinis miroirs d’un tube kaléidoscopique.

Je sentis son parfum aussi, celui de sa peau, celui de son haleine. Elle venait sans doute de manger une orange. J’ai songé à l’Italie, à un vieil oranger couvert de fruits que j’avais photographié il y a quelques années non loin de Ravello, sur la côte amalfitaine. Il était enraciné en bord de route, sur une pente abrupte, et la mer deux cent mètres plus bas semblait vouloir l’attirer dans son vertige de cobalt." (pp. 59-60)

 

L’Arbre du Pays Toraja dans la presse :

 

"Bien différents des autres romans de l’auteur, ce texte frappe par les questions qu’il soulève et sa manière nonchalante d’évoluer à coup de flash-back, de digressions et ricochets." Claire Julliard, L’Obs.

 

"L’Arbre du pays Toraja est traversé jusqu’au bout par la vibration de la vie et son happy end est lumineux et tendre". Pierre Vavasseur, Le Parisien.

 

"Claudel se confie sans voile. L'homme amoureux, le cinéaste, l'écrivain, l'ami dans le chagrin... Il ne se dissimule pas. Et ce faisant, il nous touche", Psychologies magazine.

 

"Méditation sur la mort 
et le corps, LArbre du pays Toraja s’ancre dans la veine intimiste
 de Philippe Claudel, dont la plume n'a peut être jamais été si belle,
 si limpide." Baptiste Liger, L’Express.

 

Noémie Sudre

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